Quand la force devient faible…

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Ça n’a jamais fait partie de moi. Ça n’a jamais été dans mes gênes. D’ailleurs, c’est plutôt l’inverse. Mes aînés ont toujours été des modèles de force. «Pleurer, c’est pour les faibles…» «Parler de ses émotions c’est fif…». Mes frères sont les types d’hommes qui correspondent parfaitement aux stéréotypes masculins : des durs au cœur tendre.

J’ai grandi dans cette mentalité. Moins les gens en savent sur tes émotions, moins ils peuvent te contrôler. Ne laisse pas paraître ta tristesse, ta colère… Ne parle pas, agis. D’une part, j’en suis extrêmement reconnaissante. Qu’importe les évènements, les embûches, les tourments qui se présentent dans ma vie, cette force qu’ils m’ont inculquée m’amène une résilience dont plusieurs pourraient envier. Une guerrière, une aventurière, une fonceuse. Je n’ai pas froid aux yeux et les échecs ne me font pas peur. Je vis d’adrénaline, de nouveauté, de défi et prendre des risques me fait sourire. J’ai toujours été extravertie lorsque je suis en groupe, à la limite de l’exubérance. Je parle de tout et de rien, je fais le clown, je ris fort, je chante fort, mais parler de mon petit être fragile intérieur ; oh ça non !

Mais…. D’autre part, être forte est épuisant. Être forte m’a amené une certaine étiquette rigide, impossible à plier. Cette étiquette, je la porte fièrement. Cependant, aux fils des années, elle est lourde à conserver. Cette image que j’ai créée fait maintenant partie de moi et je suis incapable de m’en débarrasser. Que se passera-t-il ? Deviendrais-je faible parce que mes émotions posséderont maintenant des mots ? Serais-je moins résiliante parce que des larmes orneront mon visage ?

Après plusieurs gros changements dans ma vie, après quelques semaines d’introspection, j’ai décidé de prendre un autre risque. Moi qui aime les changements, je me suis lancée un défi de taille : Prendre le risque d’être «faible», ce risque d’être plus légère. Vous savez, c’est plus difficile que cela n’y paraît. J’imagine que c’est comme apprendre à patiner… On attache nos patins serrés, on embarque sur la glace et on essaie de conserver notre équilibre. On s’élance, on se sent libre, on prend confiance, trop de confiance, on accélère et.. BANG ! On tombe en pleine face, coudes et genoux sur la glace… Moi qui ai toujours su m’exprimer, autant à l’oral qu’à l’écrit, me voilà qui ne sait quasi plus faire de phrases cohérentes, qui bégaie et qui blesse son interlocuteur grâce à des mots mal choisis et des verbes mal positionnés dans ce tourbillon de paroles qui tente d’être honnête. Mettre des mots sur des émotions dont nous ne sommes pas sûrs nous-mêmes peut être exaspérant. J’en viens à me contredire moi-même «Suis-je fâchée ou triste ? Mhh.. Je pense que c’est un peu des deux. En fait, non, je suis déçue. Peut-être que je vis de la jalousie ? Attends… Je suis jalouse ? Depuis quand ? Ahh non, j’ai juste été blessée.. Mais je ne devrais-je pas pleurer ? Bon ok. J’abandonne. Ne dis juste plus rien, ça va passer».  Tout se mélange dans ma tête, dans mon estomac et dans mon cœur. Je ne veux pas être irrespectueuse, personne n’y gagnerait. J’essaie donc de choisir des termes convenables et  significatifs, mais qui, souvent, ne reflètent pas tout à fait ma pensée.

J’ai encore beaucoup de croûtes à manger avant de pouvoir m’exprimer sans qu’il n’y ait ma petite voix intérieure qui me crie : «Heille, tu ne brailleras pas pour une niaiserie de même là !» ou alors «Tu vas avoir l’air de quoi si tu lui dis que tu t’es sentie blessée parce qu’il t’a dit ça ? D’une belle moumoune… feck ferme toé». Mais, déjà, même avec mes fourvoiements et mes écarts de langage, je me sens mieux.  Je me sens libérée. Les premières fois, je me disais : «Ça ne te prendra qu’une minute de courage». Vous savez, j’ai longtemps vécu des heures à me poser des questions, me créer des scénarios, être malheureuse par peur de paraître faible. Aujourd’hui, oui je suis maladroite, mais mes questions ont des réponses, ma peine ne dure que quelques minutes et les films que je me créais ont une fin. Je sens qu’enfin le poids de mon étiquette n’a pas à être si lourd. Je crois qu’être forte c’est aussi avoir le courage de pleurer et d’exprimer clairement ce que l’on ressent.

Apprendre à patiner est difficile. Il y a plusieurs techniques, plusieurs positions ; tourner à gauche, à droite, de reculons… Mais une fois bien ancré dans nos patins, l’arabesque nous paraît alors plus facile. Alors, sortez vos patins, laissez-vous glisser et permettez-vous d’être faible.

10 août 2017
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1 Comment

  • Reply Mario Bergeron

    si bien dit ,avec le temps et l age qui avance devient de l expérience de la vie en relation humaine, la vie t amene toujours a des endroits bizarre qui te font grandir avec les autres. c est la recherche de soi-meme qui fait évoluer cette personne que nous somme dans cette société pas toujours juste.

    10 août 2017 at 13 h 25 min
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